Parler argent avec ses clients : ce que j'aurais voulu savoir en démarrant

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Annoncer ses tarifs sans se justifier, savoir dire non à un budget trop bas, ne pas baisser son prix sous pression — ça s'apprend. Et ça change tout.

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Pendant ma première année en freelance, j’avais un réflexe : dès qu’un prospect fronçait les sourcils sur mon tarif, je commençais à expliquer. À justifier. À décomposer mes journées, à comparer avec les grilles des ESN, à sortir des arguments que personne ne m’avait demandés.

C’est épuisant. Et surtout, ça ne marche pas.

Le tarif n’est pas un chiffre à défendre

Le problème avec la justification, c’est que ça repositionne la conversation. Au lieu de parler de valeur — ce que tu vas résoudre, ce que ça va changer pour le client — tu parles de coût. Et une fois qu’on parle de coût, le seul levier qu’il reste, c’est de baisser.

Ce qui a changé pour moi : j’ai arrêté de traiter mon TJM comme quelque chose à expliquer, et j’ai commencé à le traiter comme un fait. “Je travaille à X€ par jour.” Point. Si c’est trop élevé pour le budget du projet, ça se gère autrement — on réduit le scope, on décale le calendrier, on cherche un financement. Mais le tarif lui-même ne bouge pas.

Ce qui se passe quand tu baisses ton prix

Une seule fois j’ai dit oui à un client qui m’avait demandé une ristourne de 20% “parce que c’est un petit projet pour démarrer”. Il y a eu un deuxième projet. Puis un troisième. À chaque fois au même tarif réduit, parce que c’était devenu “le tarif Johan”.

Reprendre le tarif normal a été une négociation à part entière, inconfortable, que j’aurais pu éviter en tenant ma position dès le début.

La question du “budget” en France

Les clients français ont souvent du mal à annoncer un budget. C’est culturel — parler d’argent directement, ça gêne. Résultat : des appels d’offres vagues, des “faites-nous une proposition”, des demandes de devis pour des projets dont les specs changent toutes les semaines.

Ma réponse maintenant : je pose la question directement en début de premier appel. “Quel est votre enveloppe budgétaire pour ce projet ?” Ce n’est pas agressif. C’est du respect mutuel — ça évite de passer 3 heures à cadrer un projet pour sortir un devis que le client ne peut pas financer.

Souvent, ils ont un chiffre en tête. Ils voulaient juste que tu le demandes.

Les projets à fuir

Il y a des signaux qui ne trompent pas :

  • “C’est un projet sympa, ça va faire une belle référence pour ton portfolio.” (traduction : on n’a pas de budget)
  • “On a déjà eu un devis à X€, c’est trop cher, vous pouvez faire mieux ?” (le moins-disant a déjà positionné le plafond)
  • “On prend des risques ensemble, tu seras associé aux bénéfices.” (non)

Ces projets ne sont pas tous à rejeter — parfois il y a une vraie relation à construire, parfois le contexte est réel. Mais ils demandent une conversation franche avant de s’engager. Et si cette conversation n’est pas possible, c’est un signal en soi.

Ce que j’ai appris à facturer

Tout. Les réunions de cadrage (au bout d’une heure, c’est du temps de travail). Les allers-retours sur les spécs. La relecture de doc. Les démos. La formation du client à l’outil qu’on lui a livré.

Pas parce que je suis cupide. Parce qu’un freelance qui offre son temps sans le facturer finit par ressentir de l’amertume envers ses clients — et ça, c’est toxique pour tout le monde.

Mes devis sont maintenant très détaillés. Le client voit exactement ce qu’il paie. Ça crée de la confiance, pas de la méfiance.


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